1999 Quais Rive Gauche de la Garonne

Le parti pris du fleuve.

Longtemps Bordeaux fut avant tout un port. C’est pour que les bateaux y accèdent que les ponts n’ont pas été construits. Dans le port de Bordeaux, l’activité fut intense. Les rives gauche et droite étaient alors reliées par le commerce incessant des bateaux. Sur la rive gauche, la ville a épousé son fleuve. Pour en souligner le contour elle s’est étirée jusqu’à prendre la forme d’une « immense façade ». Puis le port s’est déplacé. C’est alors que l’on a ressenti le vide qu’ont laissé les bateaux en partant. La façade est restée orientée vers l’eau, mais la vie s’est éloignée. De lien qu’il était, le fleuve est devenu frontière. Rendre la Garonne aux bordelais est devenu une priorité. Le point de vue du fleuve est notre parti pris. Les quais appellent le large. C’est libres que nous les avons voulus, vaste esplanade sur l’eau, préalable à la ville dense qui en exacerbe les caractéristiques ; espace scénographique de la mise en perspective de la ville. Le fleuve, alors, est investi. Piscine, terrains de sport, cafés, sont construits sur des barges et arrimés aux quais. D’une rive à l’autre, indépendamment des ponts qui pourraient désormais exister, reprend le va et vient incessant des navettes. Dorénavant, comme autrefois, c’est le fleuve qui justifie l’animation des quais. Cinq kilomètres à pied. Cinq kilomètres au fil de l’eau. On s’attarde volontiers pour prendre la mesure du site. Côté pile la ville, côté face le fleuve ou vice-versa. Conversations en face-à-face sur d’étranges et à la fois familières assises. Longs anneaux inclinés dans lesquels on se faufile. Ligne orange qui surligne le contour des quais. Des kiosques, bollards soufflés ou bulots, tels de gros coquillages creux, en ponctuent le parcours et rejettent par flaques leur lumière colorée.

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